Journal de Bord – Bahamas

Journal de bord – 13 Octobre 2018.

Assis au café Royal devant la jetée de la baie de Samana, nous préparons le bateau pour une des traversées qui va être parmi les plus éprouvantes du voyage : de la République Dominicaine aux Îles vierges Britanniques, face au vent, face au courant et au travers du Mona passage. Mais en attendant on est bien. On a fait de ce restaurant notre cantine depuis 3 jours, où Daniel et Adriana sont aux petits soins pour nous, nous préparant bœufs bourguignons, porc au 2 moutardes, petits salés aux lentilles, tajines et autres blanquettes tout en nous mettant en chaque fois 2 bonnes parts sous vide pour qu’on ait qu’à les faire réchauffer sur le bateau pendant la traversée. Ça change du poulet frit et riz aux lentilles, très bon au demeurant, mais vite lassant 🙂

Mais n’allons pas trop vite, nous nous étions quittés au départ de West Palm beach, en Floride, alors que nous nous préparions à notre première traversée jusqu’aux Bahamas.

 

Fighting the Gulf stream and Mr T.

Nous voilà au petit matin, levant le mouillage dans la baie de West-Palm beach. Un petit arrêt aux stands histoire de faire le plein d’eau et de diesel que déjà les cotes de la Floride s’éloignent de la poupe de Damacha. Le temps est beau, le vent leger et la mer arbore toujours ce bleu profond. Si il y a une chose que l’on espère durant le voyage, c’est de ne jamais se lasser de se laisser hypnotiser par ces couleurs irréelles que nous propose l’océan.

Il fait beau, il fait chaud, le vent est léger et nous voguons tranquillement au moteur vers l’est. Très vite cependant il y a quelque chose qui ne colle pas, la boussole nous indique que nous suivons un cap sud / sud-sud est, mais le GPS nous indique un cap nord / nord-est.

Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de naviguer le long de la côte est de l’Amérique du Nord, il y a un invité que vous ne devez jamais oublier ni négliger : le Gulf Stream, ce puissant courant de l’atlantique nord qui régule les climats américains et européens. Puissant, il peut monter jusqu’à 5 nœuds, et large de plus de 50 miles, il remonte le long des côtes américaines pour se diriger vers l’Europe.

Le Gulf Stream est tellement puissant que lorsque nous mettons plein gaz vers le sud (donc face au courant), nous reculons vers de nord a la vitesse de 1 nœud. Pour pouvoir atteindre notre destination qui était plein est, nous orientons la proue de Damacha plein sud est ce qui fait que effectivement, nous avançons, à cause de la dérive du courant vers le nord/nord-est. Résultat au lieu d’avancer a 5 nœuds comme on l’avait prévu, nous allons à 1,5 au pic du Gulf Stream et au lieu de parcourir 55 miles en ligne droite nous devrons en parcourir presque 75. Au lieu des 10 heures prévues nous mettrons presque 24 heures. Mais le temps est calme et ensoleillé, et puis on n’est pas pressé. On s’arrête au milieu, et on saute à l’eau. 700 mètres de fond dans une eau à 30 degrés. Juste une petite demie heure dans l’eau qu’on a déjà dérivé de de 2 miles vers le nord. Alors on repart. Nous arriverons à West end, aux Bahamas à 5 heures du matin. L’entrée du port pour remplir les formalités de douanes et d’immigration nous semblant un peu trop compliquées pour une entrée de nuit nous faisons des ronds dans l’eau à l’entrée du port. Le jour se levé et commence à dessiner en ombres chinoises les plages de sable ornées de palmiers et autres cocotiers. Petit à petit le ciel passe du jaune pâle au rouge vif puis au bleu clair dévoilant ainsi le plus beau joyau des Bahamas : son eau bleu turquoise, tellement transparente que l’on peut y voir à 10metres sans problèmes. Oui ça y est, on est dans les caraïbes. Nous nous arrimons au ponton des douanes, pavillon jaune de quarantaine hissée, attendant l’ouverture des bureaux de l’administration locale. L’eau du port n’est nullement troublée par le vent, on ne la voit pas. On a l’impression que Damacha est suspendu à 4 mètres du sol, et qu’entre elle et le fond glissent quelques bancs de poissons de presque un mètre, en lévitation. Ça met dans l’ambiance direct.

Les formalités d’entrée se passent sans encombre, (ça change des US). Alors dès 9 heures, on repart, bien décidés à aller plonger dans les lagons alentours. Deux heures après on est au mouillage, pas très loin d’un rocher ou on devrait observer beaucoup de poissons. Noémie, Hugo et Sébastien sortent matériel de plongée, gonflent le paddle et sautent à l’eau. Point de rochers, du sable a perte de vue, et de temps en temps une conque vient troubler l’étendue blanche qui ne semble jamais finir. Le rocher est plus loin en fait, presque 700 mètres. Hugo et Noémie décident d’y aller en palmant. Sébastien revient au bateau pour aller chercher le paddle. Lorsqu’il les rejoint 20 minutes plus tard, Hugo et Noémie ont trouvé un poisson, mais pas sûr que ce soit une bonne chose : depuis plus de 10 minutes un barracuda solitaire les a pris en chasse. Il les contourne et essaie de se mettre dans leur dos. Il ne les lâche pas. Décision est prise de rentrer au bateau. Noémie prend le paddle pendant que Hugo et Sébastien rentrent à la nage au bateau à presque 500 mètres de là. Le barracuda tourne toujours autour, se rapprochant dès que possible, nageoire dorsale relevée et faisant claquer sa mâchoire dès qu’il s’approche. On ne parle pas Barracuda, mais on comprend que ça ne veut pas dire “bienvenue”. Tout d’un coup alors que le paddle est 100 mètres devant le poison quitte les deux plongeurs et accélère en direction de la planche et de Noémie. Sébastien accélère pour le suivre, et tape fort dans l’eau pour l’éloigner, le barracuda est à quelques mètres, on entend sa mâchoire claquer mais la peur est plus forte que la faim. Noémie remonte sur le bateau, remonte la planche, le poisson reste là à tourner autour cherchant un angle d’attaque. Ça aura duré une demie heure, le barracuda restera autour du bateau, même une fois tous remontés jusqu’à ce qu’on lève l’encre. Vu le peu de poissons sous l’eau il devait avoir vraiment faim. Les barracudas vivent normalement en banc, mais quand l’un d’entre eux est trop agressif, il est renvoyé du banc et devient solitaire. Vu le peu de poisson que l’on a vu sous l’eau celui-là devait avoir vraiment faim. Belle première plongée aux Bahamas 🙂

Nous resterons un jour de plus avant de se lancer dans la traversée jusqu’à Bimini.

 

Plongée de requin sans requins, rencontres et îles perdues.

Nous voilà cap au sud et vent de travers pour rejoindre les Bimini où nous avons vu qu’il y avait plein de super plongées à faire. Noémie vient de passer son niveau 4, Hugo est toujours instructeur et en profitera pour valider les deux plongées de Sébastien pour qu’il valide son niveau. Enfin quand il se bougera assez pour passer son théorique … 😉 C’est la première fois du voyage que l’équipage ne se retrouve pas à remonter ni le vent, ni le courant. Plein travers, le bateau file à 7 nœuds sans houle pour le ralentir. Les joies de la navigation reviennent ! quel plaisir de se sentir porté par le vent, à filer sur de l’eau sans se prendre l’écume des vagues. Quelle joie de voir que l’on va plus vite que ce que l’on avait prévu. C’est bien, c’est beau, c’est le bateau ! On lance même une ligne à la traine, sans grand espoir, non pas que l’on n’ait rien remonté jusqu’à présent, mais il faut bien avouer que notre plus belle prise fut une belle guirlande de 30 cm d’algues jaunes et quelques morceaux de plastique. Quelle ne fut pas notre surprise 20 minutes plus tard, lorsque Hugo ramena à bord 2 bonites (poissons de la famille du thon, mais plus petits), et en une seule prise s’il vous plait ! Plus de barbecue, et leur taille nous paraissant un peu petite (une trentaine de centimètres chacune) on les remet donc à l’eau, mais bon elles sont assez KO (elles se sont quand même fait trainer 10 minutes à 7 nœuds à l’arrière du bateau) et repartent toutes groggy.

le premier mouillage a Bimini ne restera pas dans les annales, pas mal de houle en travers du bateau, la nuit est assez pourrie, assez pour rendre Sébastien ronchon toute la matinée. Décision est prise de changer d’endroit. Et puis, on est venus à Bimini pour aller faire une plongée au milieu des requins ! On va donc s’installer sur un dock près du centre de plongée, au Bimini Game resort. Ça fait du bien il faut avouer un peu de confort, pas de stress de mouillage et une piscine avec un bar attenant. Une réservation pour 2 plongées le lendemain, les pieds en éventail dans une piscine entourée de palmiers et une bière fraiche à la main, Sébastien n’est bizarrement plus ronchon. L’équipage fait la rencontre dans la piscine de Austin, Jena et leurs 2 enfants. Couple vivant en Floride, ils passent les 3 mois d’été aux Bahamas, travaillant en home office de leur bateau. La belle vie. Très vite on se lie d’amitié, échangeons nos coordonnées, quelques bouteilles de scotch ou de Rhum et de discussions sur les différents endroits à découvrir aux Bahamas, nos expériences lors de l’intracoastal et nos différents projets. Après le rythme effréné de la côte est des US. Prendre un peu de temps et faire autre chose que d’essayer de rattraper notre retard fait beaucoup de bien. On a vraiment l’impression de vivre notre voyage maintenant, et non plus de le subir. On restera 3 jours à Bimini, nous ferons notre plongée de requins, mais n’en verront aucun (enfin si, on verra la tête d’un requin nourrice en train de dormir sous un rocher, mais on a décidé que ça ne comptait pas parce qu’on n’était pas sûr que ce soit un vrai, ça ressemblait plus à une peluche qu’on poisson. Le soir cependant, alors que les pêcheurs vident les poissons qu’ils ont attrapés pendant la journée, à quelques mètres du bateau plusieurs requins de plus deux mètres errent entre les pontons et sous Damacha. Après avoir discuté de nos plans avec Austin, nous changeons notre programme. Nous avions prévu d’aller aux Exumas voir une plage peuplée de cochons sauvages et revenir ensuite à Nassau pour que Noémie puisse prendre son avion pour rentrer en France. Hugo va lui aussi devoir rentrer à Montréal pour une dizaine de jours, il doit participer à sa cérémonie de citoyenneté pour enfin devenir un vrai Québécois/Canadien. Oui on ne comprend pas pourquoi il insiste sur ce détail de Québec, mais il insiste, alors voilà. Encore une fois, nos plans sont trop ambitieux nous dit Austin, on prévoit trop de navigation. Et si on suit ce que nous avions prévus, nous aurions fait 4 jours de navigation, pour passer une demie journée à voir des cochons sur une plage pour devoir rentrer en vitesse à Nassau. Bref, on aurait couru et stressé sur plusieurs jours pour juste quelques heures de détente. On décide donc d’aller à Chubb Cay, plonger dans les réserves aquatiques aux alentours et aller directement à Nassau. Et quelle bonne idée ! A part le trajet de Bimini a Chubb Cay où, encore une fois face au courant et face au vent nous avançons à une vitesse de 1,5 nœuds. Nous faisons de super plongées, on voit des bébés requins de récif, une tortue, des raies au milieu de coraux multicolores. On a même droit à un barracuda qui nous a suivi jusqu’à ce qu’on quitte son territoire.

 

Nassau – séparations – remise en question – changement de philosophie.

Nous arrivons à Nassau, la capitale des Bahamas, trois jours avant le départ de Noémie et de Hugo. Le temps de se mettre à une petite marina au sud de l’ile-ville et profiter en mode farniente de la piscine et du bar de la plage.

Sébastien accompagne Noémie à l’aéroport, la prochaine fois qu’ils se reverront sera 9 mois plus tard, alors forcément ce n’est pas très facile. Puis Sébastien rejoint Hugo dans un autre terminal qui galère avec son ESTA pour son escale aux états unis. Et deux heures plus tard, il est de retour sur Damacha, pour la première fois tout seul à bord. Ça fait bizarre. Ça durera 10 jours, jusqu’au retour de Hugo.

Heureusement il y a des travaux à faire, des posts à écrire, des vidéos à monter. Et puis il y a surtout eu Frédérique et Serge. Un couple de jeunes retraités français qui parcourent le monde à bord de leur bateau depuis maintenant 8 ans.

Alors on échange sur nos étapes, nos expériences, on se lie d’amitié, on se donne des coups de main sur nos bateaux respectifs on s’invite à manger et on boit du vin. Des gens formidables, des amis que l’on ne peut se faire qu’en bateau. On remet en perspective tout notre voyage aussi. Au retour de Hugo était prévu une nouvelle course contre la montre pour atteindre les grenadines le plus vite possible, sans aucun arrêt pour pouvoir sortir de la zone des ouragans avant le début du pic de la saison. Nous allions donc repartir en mode course pour au moins un mois. Traverser des zones magnifiques sans s’arrêter, avancer pour avancer. Cette perspective était on l’avoue assez déprimante, on avait l’impression, toujours, pour de “bonnes” excuses de repousser le moment où allait enfin vraiment profiter du voyage. C’était assez paradoxal, on avait quitté nos travails respectifs, et le stress des deadlines et autres plannings serrés pour reproduire ce schéma avec notre planification de voyage. A trop se presser, à trop se mettre la pression de vouloir être à tel endroit à tel moment nous en oublions de profiter, et pour être honnête on avait perdu de vue l’intérêt principal de notre démarche : déconnecter, profiter et se laisser porter. Point ou peu d’émerveillement, juste une course aux dates butoirs que l’on avait fixées il y avait de ça plusieurs mois voire années. Véronique et Serge nous aiderons à prendre ainsi conscience de ce à coté de quoi on était en train de passer. Et a plus de 1000km de distance, Hugo et Sébastien ont eu le même cheminement et arrivèrent à la même conclusion : il fallait que ça cesse ! Un nouveau voyage pouvait commencer, celui du lâcher prise, celui où enfin on allait place à de l’inattendu, de l’étonnement. Ça à l’air évident comme ça, mais il est tellement difficile de se débarrasser de nos anciennes habitudes, de lâcher prise, d’accepter de vivre sans contraintes et de cerner ce qui est important ou pas.

Au retour de Hugo notre décision est prise : On va explorer les Exumas, sans doute un des plus beaux archipels des Caraïbes et des Antilles, on va aller voir cette plage avec des cochons. Fini les navigations de 100 miles et les objectifs à moyen terme. Un seul objectif à la fois. Plus de planning, ni de date butoir. On est le 4 septembre, nous sommes partis de Montréal il y a deux mois pile, notre voyage peut commencer … enfin !

 

On est tellement motivés qu’on a même repris un vrai journal de bord !

 

Mercredi 5 septembre

La journée se déroule très bien, nous partirons en après-midi vers les Exumas, et trouverons un mouillage en soirée. Nous partons vers 16h. Nos compatriotes (Serge et Frédérique) nous promulguent leurs derniers conseils et nous demandent de rester prudents. Nous les rassurons, nous savons qu’un objectif en voile est loin d’être fixe et que nous sommes tributaires des conditions qui nous entoure. Enfin on n’aimerait quand même pas devoir revenir le lendemain quand même. Nous avons épluché plus d’une dizaine de sites de prévisions, nous sommes confiants.

Nous larguons les amarres et nous voilà partis. La navigation ne sera pas très longue et nous nous posons au niveau d’un mouillage, de nuit, avec quelques doutes sur la distance entre le bateau et la plage. Petite frayeur de la nuit, l’alarme de mouillage s’est déclenchée, mais à cause d’un réglage sur les distances un peu court, tout va bien, l’ancre tient bon et les conditions sont bonnes.

Jeudi 6 septembre

Objectif, l’île aux cochons. L’objectif ne sera jamais atteint. Départ tardif du dernier mouillage, vers 11h30. D’un autre côté nous sommes arrivés la veille vers minuit, ce qui est trop tard.

Les conditions de vents sont bonnes, jusqu’à 15h, où le vent tourne, puis nous essuyons une cellule dépressionnaire, comprendre averse et coup de vent, qui sape un peu le moral des troupes, puisque le vent vient de tourner Sud Est, exactement où on voulait aller … On essaie de passer entre deux dépressions, mais on n’est pas assez rapide, et on se prend de plein fouet la fin d’un sacré orage. On voit même au loin une trombe d’eau se former (Une tornade au-dessus de l’eau). C’est hypnotique, c’est beau mais on est content d’être à plusieurs kilomètre du phénomène ! Puis arrive la pluie battante et des rafales de vent qui couchent le bateau, nous obligeant à mettre un riz à la grand-voile et un à l’artimon. La prochaine fois on anticipera mieux. Ça ne dure qu’une demie heure mais ça secoue fort et ça mouille !

Obligé de tirer des bords pour se retrouver à faire 13 Miles en presque 6h… inadmissible. Quand allons-nous enfin avoir des conditions de vent correctes pour avancer dignement !? Nous n’arriverons pas sur l’île aux cochons ce soir ou alors vers 2h du matin, et encore. Étant donné la nature des côtes des Exumas, à savoir des cartes pas toujours à jour et beaucoup de haut fonds, il est plus que déconseillé d’arriver de nuit dans une zone de mouillage. Nous optons donc pour un mouillage plus proche. Sébastien trouve le parc des Exumas, avec des corps morts pour s’attacher, c’est parfait, mais on va arriver encore de nuit ! En arrivant proche de la côte nous affalons les voiles, et nous devenons de plus en plus efficace là-dessus. La passe pour rentrer dans le parc est jonchée de courants forts, et la belle Damacha ainsi que son équipage n’aiment pas trop se faire balloter de la sorte. Nous arrivons à portée de radio du par cet nous nous annonçons pour obtenir l’autorisation de s’attacher à un corps mort. L’autorisation est reçue, les deux capitaines sont rassurés, surtout que la nuit est tombée lors de l’Arrivée dans la passe. Seulement voilà, nous qui pensions aller au premier corps mort, les gardes du parc nous indiquent que nous devons aller à l’ancrage 14 !!!

Pour atteindre le corps mort 14, nous devons entrer dans un canal étroit avec des hauts fond et une épave, et nous ne voyons pour ainsi dire rien de rien. Hugo sort la lampe de plongée pour éclairer et la donne à Seb. On n’est d’un coup beaucoup moins rassuré. Heureusement les gardes du parc sont venus à notre rencontre à l’entrée du parc pour nous guider avec leur spot et nous indiquer la route. Néanmoins, ce ne fut pas de tout repos et nous sommes fiers d’avoir réalisé un travail d’équipe exemplaire, Hugo à la barre et Sébastien en avant avec la lampe et au guidage. Petit stress quand même mais nous y arrivons. La nuit de repos est bien méritée, mais nous sommes encore très proche du bord !

Vendredi 7 septembre

Nous découvrons au petit matin une place féérique, digne des plus beaux films. Des plages de sable blanc, une eau claire et chaude, et une île à explorer. Et nous ne sommes que deux bateaux au mouillage dans cette Anse. Nous décidons de prendre la journée pour en profiter. Après avoir été se présenter pour régler, pris un bain de mer et de soleil, nous décidons de faire quelques travaux pour nous simplifier la vie. Une nouvelle épreuve nous attend, les batteries de service semblent faiblir anormalement. Qu’à cela ne tienne, cette journée est une des premières où nous profitons vraiment du voyage dans un décor paradisiaque et rien ne viendra la gâcher. Surtout pas la visite de deux beaux requins nourrice qui s’approchent du bateau sans peur et nous font un joli défilé pour notre plus grand bonheur. À l’attention de nos amis terriens terrestres, les requins nourrice ne sont pas dangereux, n’attaquent pas ni ne mordent les humains. Pour voir à quoi ils ressemblent, voir la photo du dernier poste avec la plongée à Bimini, où on se demandait si le requins nourrice sous le rocher n’était pas une peluche pour touristes.

La journée, en espérant que le lendemain soit aussi bon voir encore meilleur. Malheureusement nous ne pourrons pas rester ici éternellement.

Samedi 8 septembre

Nous sommes toujours dans le parc national des Exumas, où l’eau et le cadre sont vraiment magnifiques. Le seul problème est que la connexion est trop mauvaise pour espérer suivre les ouragans ce qui ne nous arrange guère.

Conclusion après une dernière tentative le matin, nous quittons la place pour aller plus au sud et espérer trouver du réseau sur la route. Nous descendons d’environ 25 miles les Exumas pour nous rapprocher de l’île aux cochons. Oui oui vous ne rêvez pas, des cochons ont leur propre île aux Bahamas et font trempette gaiement en toute impunité avec des touristes qui viennent les nourrir. La navigation se passe bien, et nous arrivons, pour une fois, de jour, ce qui facilite grandement les manœuvres d’ancrage, quand on voit où on va….

Dimanche 9 septembre

Le réseau est au rendez-vous, nous pouvons suivre l’évolution des différentes tempêtes autour de nous, qui resteront à bonne distance pour un moment. Nous mesurons la chance que nous avons d’être pile entre deux fronts importants. Cela étant dit, après quelques recherches sur les coins à visiter dans cette Cay, nous partons sur l’île aux cochons en annexe. On s’attendait à quelques cochons en liberté, ce qu’on voyait en arrivant sur l’île depuis la mer, mais ce sont plus d’une cinquantaine de cochons de toutes les tailles qui se laissent approcher et qui cherchent à avoir de la nourriture.

Nous retournons au bateau avec de belles photos, de plus beaux souvenirs encore.

Lundi 10 septembre

Outre les cochons, il y a une grotte sous-marine, thunderball grotto, accessible en apnée. Cette grotte est connue pour avoir servi de décors à divers films, notamment un James Bond (Thunderball – ou opération tonnerre en français). Nous décidons d’y aller, surtout depuis que l’oreille d’Hugo est rétablie pour plonger. La caverne ne nous est pas familière et il est difficile de déterminer quelle sera la longueur en apnée depuis l’extérieur pour atteindre l’intérieur. Après avoir fait le tour, nous trouvons une entrée. Le courant est fort, mais nous nous laissons entrainer par celui-ci vers l’intérieur de la caverne. Et là, surprise ! On pourrait vous en parler pendant un moment, mais une image valant mille mots, on vous en donne pour 4000 mots d’un coup !

Nous repartons pour une prochaine étape quelques encablures plus loin, pour aller voir la sirène de David Copperfield.

Arrivé à Rudder cut cay, il fait presque nuit et nous décidons d’aller nous reposer

Mardi 11 septembre

Au réveil, nous découvrons l’anse dans laquelle nous avons mouillé la veille, qui est magnifique, avec une grotte ouverte qui laisse présager une bonne session d’apnée.

Encore une place où on resterait plus longtemps, mais on a deux soucis majeurs, le premier étant que nous commençons à épuiser nos vivres et le second, cette place ne dispose d’aucun réseau pour nous permettre de suivre la course des tempêtes afin de rejoindre notre objectif : Lupéron en République Dominicaine.

Mais on ne partira pas sans avoir vu la sirène et exploré la grotte. Nous partons à la nage vers l’autre bout de l’anse, en espérant ne pas avoir présumé de nos forces, puisque nous sommes contre le courant pour partir, et nous avons une idée très approximative de son emplacement. Évidemment nous croisons un barracuda, encore vindicatif, mais qui nous laisse vite tranquille. C’est Sébastien qui finit par trouver la sirène chanteuse, accompagné de son piano. Là encore, aucune description ne rendra mieux hommage à la sculpture que les photos que nous vous partageons.

La visite de la grotte n’est pas décevante non plus, mais évidemment comparé à ce que nous avions vu la veille, ce n’est pas comparable.

Nous repartons donc, vers George Town, capitale des Exumas, et dernier arrêt où l’on pourra se ravitailler avant la république dominicaine.

Nous arrivons à la tombée de la nuit après avoir failli refaire un échouage magique, les cartes n’étant vraiment pas précises….

Nous arrivons avant la nuit, ou presque, et pensant pouvoir aller prendre un verre au Chat ‘N chill sur Stocking Island, nous voyons les lumières se fermer juste à notre arrivée. La bière tant désirée devra attendre demain.

Mercredi 12 septembre

Nous sommes à Stocking Island, juste en face de George Town et son marché. Nous déplaçons donc notre Damacha proche de la ville. Nous utilisons l’annexe pour aller en ville, moyennant 10$ au port des dinghys. Nous faisons le tour de la ville ainsi que des courses, pour le prochain départ pour Lupéron qui reste notre objectif pour se protéger durant la saison des cyclones. Nous nous rendons compte qu’ici aussi c’est un Hurricane Hole, donc un abri. Nous allons finalement prendre ce verre au Chast N Chill, où nous rencontrons des locaux forts sympathiques. Il est possible de nourrir des raies depuis la plage, ce que Hugo ne résiste pas 2 secondes à faire. À se demander de quelle planète il vient parfois…

La journée se termine avec une baignade dans une eau chaude mais rafraichissante.

Jeudi 13 septembre

Bon il est temps de faire quelques travaux qui trainent depuis bien trop longtemps. Les fameuses barres de LED que nous avons acheté en juin ne sont toujours pas mises, et nous avons même failli les perdre à plusieurs reprises. Résultat, on prend le taureau par les cornes et on s’y met. Résultat, une belle lumière d’ambiance sur le bateau, mais attention à la consommation d’électricité.

L’après-midi est dédié au repos à la plage du Chat N Chill, où nous rencontrons d’autres personnes vivant ici qui nous donnent des indications sur des coins de plongée, d’apnée et aussi sur des soirées à venir. Nous risquons de partir un peu plus tard que nous pensions, mais qu’importe, nous en profitons.

 

Oui bon après, pris par le voyage nous avons pris du retard dans la mise à jour de notre journal de bord …

 

Great Exumas, les caprices de Johnson, de nouveaux amis et la belle vie !

On a vite pris le pas de se laisser surprendre et il faut le reconnaitre, le voyage est vraiment différent depuis le départ de Nassau. Great Exumas est un super endroit où rester au mouillage et aussi un très bon trou à ouragans en cas de caprice de la météo ! La vie au mouillage c’est faire beaucoup d’annexe pour aller à terre et c’est aussi explorer les environs pour découvrir ce qui est servi sur un plateau dans les marinas : restauration, courses, rencontres. Aussi quand Johnson, notre moteur d’annexe refuse démarrer alors que nous devons faire tout l’avitaillement du bateau pour la traversée jusqu’à Long Island, la prochaine étape vers l’est, on doit revoir toute notre organisation de départ. On va avoir besoin de plus de temps. Si le fond nous permet d’approcher Damacha jusqu’à un kilomètre du ponton à Dinghy, pour pouvoir réparer le moteur il va falloir ramer ! Mais pas ramer sur une mer plate, sans courant non, non, on a du vent qui nous pousse, le courant qui s’amuse à jouer avec nous et une houle qui n’a qu’une envie’ savoir combien de litre d’eau elle peut faire rentrer dans notre petit pneumatique.

Mais de tout désagrément peut surgir à tout moment une belle surprise : Au milieu de l’aller, alors que nous sommes brinqueballés dans tous les sens et que nos bras commencent à tirer de ce ramage intensif, surgit une annexe multicolore d’un couple de Canadiens que nous avions aperçus la veille au Chat N Chill. On les salue, il se déroutent vers nous. Quelques échanges et les voilà en train de nous lancer une amarre pour nous remorquer au ponton a Dinghy ! Il est une chose qui est indéniable lors d’une croisière, c’est l’existence d’une forte solidarité entre marins. Quelques remerciements et la promesse de se retrouver autour d’une bière, voilà donc Jen et Dale qui repartent vers le large a bord de leur annexe jaune et rose fluo ! Nous de notre côté nous voilà à parcourir la ville a la recherche de bougies, parce que c’est sûr c’est ça qui pose problème. On traverse donc George Town d’un magasin à l’autre et nous voilà, 3 heures plus tard avec nos bougies. Et puis on est tellement sûr que le moteur va remarcher, on va faire les courses, on fait le plein de bouteilles d’eau et on remplit même nos réservoirs portables de diesel ! L’annexe bien alourdie par tous ces achats, il ne nous reste plus qu’à installer nos nouvelles bougies et repartir sur Damacha dans le doux ronronnement de Johnson. On change donc les bougies, on referme le moteur et c’est plein d’assurance que Hugo saisit la poignée de démarrage. Un coup sec sur la corde et …. Rien ! On reste une demi-heure à essayer de redémarrer ce foutu moteur, la perspective de rentrer à la rame avec une annexe remplie à ras bord, face au vent, aux vagues et au courant nous poussant à essayer encore et encore. Mais rien n’y fait, Johnson boude …

T’es un enfoiré Johnson !

On se resigne donc à sortir les rames et nous voilà partis pour un bon kilomètre. On se réconforte en se disant qu’il y a quelques mois on payait encore notre abonnement au club de gym pour se faire de gros biscotos … enfin quand on n’y allait.

15 minutes plus tard Sébastien regrette déjà de ne pas être allé plus souvent au club de sport. Les bras tirent, l’eau rentre on n’avance pas. 25 minutes, et Hugo de lancer, allez courage, on est à 50 mètres du bateau on va y arriver. 5 minutes plus tard, d’ajouter, ouais peut être tout à l’heure j’ai été un peu trop optimiste sur les 50 mètres, mais là il reste vraiment 50 mètres. 5 minutes encore plus tard, alors qu’on est dans le dur, c’est à Sébastien d’annoncer « allez courage, plus que 50 mètres » … nous arriverons au bateau 10 minutes plus tard, chacun bras en feu. On accroche l’annexe au bateau et on lance un regard noir a Johnson, qui n’a l’air de rien en avoir à faire, il est là, il barbote peinard dans l’eau comme si de rien était.

« VA TE FAIRE FOUTRE JOHNSON ! ON TE CONCHIE JOHNSON ! »

On remonte sur le bateau et on repart au mouillage de l’autre côté de la baie, en face du Chat N Chill dont la devise est, on a oublié de le mentionner, « you bring the chat, we provide the chill ! ». On rejoindra la plage à la nage pour prendre notre bière bien méritée ! On préparera le bateau demain. On a aussi vu une plongée sympa à faire en snorkelling juste a cotée. On ne partira que dans deux jours donc !

Le lendemain, devinez quoi. Johnson décide de démarrer au quart de tour … allez comprendre ! On ne se posera pas de question et on va en profiter pour finir l’avitaillement ! Une fois fini, on file au Chat N Chill (oui on aime beaucoup cette petite paillote et puis, aujourd’hui c’est la journée méchoui de cochon, on va être au top.) On recroise Jen et Dale qui nous ont remorqué la veille. On les invite à manger sur le bateau le lendemain, surtout qu’on va bouger notre mouillage pour se rapprocher de là où ils sont ancrés. That’s a deal !

Le lendemain plongée sur le Blue Hole que nous n’avions pu faire à cause des caprices de Johnson, et après midi snorkeling dans les récifs de coraux. Belle plongée ! mais il est temps de rentrer, ce soir on accueille nos sauveurs.

Préparation de riz cantonais sur le bateau et à 8 heures débarquent donc Jane et Dale, que l’on ne connait pas beaucoup il faut avouer. Fatigués ils nous annoncent qu’ils ne resteront pas longtemps. Mais ne repartirons avec leur annexe bariolée qu’a deux heures du matin. Quelle soirée et quelle rencontre ! deux anciens professeurs en sociologie, ils vivent sur leur bateau depuis plusieurs mois maintenant, et prévoient de rester aux Exumas pour les prochains mois. Lui vient du Canada et a fait le même trajet que nous, elle, américaine l’a rejoint en Floride. Ils vivent avec leurs 2 Pugs sur leur bateau et n’ont pas de plans précis, si ce n’est profiter et voguer au grés de leurs envies. Ils nous partagent leurs expériences, on leur fait découvrir le ti’ punch ! On parle de tout et de rien, de fois, ça dérive sur de la politique, des fois sur la culture, beaucoup sur le bateau. Le vin et le rhum coulent à flot, la soirée dure. On leur promet de les aider demain à retrouver les lunettes de Dale qu’il a fait tomber à l’eau il y a une semaine. On leur fait gouter le clava de la grand-mère de Hugo. On rigole fort mais on s’en fout, on ne gênera personne. On est tout seuls au mouillage face à une plage déserte au milieu des Bahamas. Il est deux heures, il est temps de rentrer. On se prend dans les bras on se promet de se revoir demain. On ne partira pas demain. On s’est fait de nouveaux amis, on veut en profiter.

Le lendemain nous voilà donc à midi sur le bateau de Jane et Dale. Pas de remords, il est prévu de la pluie de toute façon toute la journée et ce n’est pas très agréable de naviguer sous l’eau. Alors on plonge. Bon évidemment ils ont eu la bonne idée de jeter l’ancre en plein territoire d’un barracuda (ouais … encore …) celui-ci va nous surveiller pendant les 3 heures de recherches qui s’avèreront infructueuses. (Bon il faut dire des lunettes transparentes tombées il y a une semaine dans du sable blanc et qui ont surement dérivées et été enfouies dans le sable, nos chances étaient minces …). Et puis nous réalisons que le plus beau cadeau de ce voyage n’est ni les paysages grandioses que l’on peut voir, ni le défi sportif de traverser mers et océans, ni de passer son temps sur l’eau. Non le vrai trésor, ce sont ces rencontres improbables, ces amitiés fortes et imprévues, ces gens que jamais on n’aurait dû rencontrer. Les véritables surprises du voyage se nomment Austin, Dana, Frédérique, Serge, Jen ou encore Dale. Alors, oui, on restera un jour de plus ! On re mangera ensemble, on rigolera, on leur apprendra à faire des ti Punchs et on coupera des noix de coco ensemble. Les paysages, les océans et les défis seront toujours là. Eux dans quelques mois ils seront partis, nous aussi et qui sait si nos routes ne se recroiseront pas un jour. Toujours est-il que maintenant on se connait, et on garde contact, par mail ou WhatsApp ou Facebook. Et on sait que si, un jour, on se trouve proches, on se verra et on boira un coup ensemble ! Et ça, ça vaut tous les miles du monde, toutes les plages paradisiaques, ça y est, on est dans notre voyage, on profite ! Jen et Dale nous introduisent à un couple d’ami à eux, ils naviguent depuis plus de 25 and sur leur bateau, un voilier au moteur électrique, végans il passent 10 mois par ans aux Bahamas et reviennent 2 fois un mois par ans aux US faire le plein de denrées adaptées à leur régime. Heureusement qu’on a ramené des olives … La discussion est riche, on apprend beaucoup ! Elle imperturbable, lui vieux loup de mer. Je ne sais pas à quoi ressemblait Moitessier, mais je l’imaginais comme lui !

Le lendemain, il est temps de partir, on lève l’ancre, on passe près du bateau de Jen et Dale, on lance un coup de corne on se dit au revoir. On ne sait pas quand on se reverra, mais ça n’a pas d’importance.

Prochaine destination : Long Island. On avait prévu de faire 2 étapes, en s’arrêtant au nord de l’ile. Mais le temps clément et la fatigue discrète on décide de squatter le mouillage le soir et on continuera toute la nuit pour arriver au sud de l’ile dans une baie déserte. Le matin, au milieu d’ilots aux plages blanches parsemées de touffes de palmier on va la seule marina du coin faire le plein de diesel et d’eau. Le port est désert, on est seuls. Le temps d’une coupure de courant nous obligeants à rester quelques heures pour attendre de pouvoir régler par carte, nous voilà parti pour les prochaines iles : Crookes et Acklins Island. Nous mouillerons tout au sud de Acklins. On a vu un tombant pour la plongée en bouteille. Hugo en profitera pour valider la plongée technique de Sébastien en vue de l’acquisition de son niveau 1. Quel mouillage. Nous arrivons en fin d’après-midi. Une plage blanche qui va d’un bord de l’horizon a l’autre, pas une trace de vie humaine dans le champ de vision. On est seul, pas un seul bateau et toujours cette eau turquoise.

On profite de ne pas être arrivés trop tard pour planifier la prochaine étape. Nous avions prévu d’aller à Great Inagua, la dernière ile des Bahamas ou l’on pourra faire notre check out et se préparer à partir pour les iles Turk & Caicos. Sauf qu’au milieu du chemin, il y a une ile entourée d’une barrière de corail. L’ile doit faire maximum 30 mètres de long sur 10 de large. Il y a un phare abandonné. Et surtout il y a une zone assez abritée pour faire un mouillage. Bingo, on s’arrêtera là après la plongée !

La plongée est magnifique. On descend jusqu’à 20 mètres au milieu des coraux et des poissons multicolores. Puis à partir de 20 mètres, un mur qui descendra jusqu’à plus de 100 mètres de profondeur. Vertige assuré. Hugo apercevra un Requin de récif de plus de 2 mètres de long rodant quelques dizaines de mètres plus bas au-dessus des abymes. Sans aucun doute un des plus beaux spots que l’on ait fait jusqu’à maintenant. Après avoir fait un détour de 3 heures pour arriver à une ville proche pour accrocher le réseau 3G et vérifier la météo nous prenons la direction de notre ile déserte !

 

Avaries en séries, Nav de merde & clandestins

La météo est belle le vent est bon, et on file au prés / travers a plus de 6 nœuds. En plus il n’y a pas trop de vagues, la navigation est des plus agréables. On file à toute allure vers notre ile déserte (qui s’appelle North West Cay si vous voulez jeter un œil sur googlemap ou navionics). On s’imagine déjà dans les ruines du phare abandonné. La nuit est tombée et malgré quelques nuages dans le ciel, les étoiles brillent de mille feux entourant la trace de la voie lactée barrant le ciel du nord est au sud-ouest.

Le vent forci mais nous sommes presque arrivés alors on rallume le moteur et on se prépare à affaler les voiles en vue de se mettre au mouillage. On est à trois miles soit une demi-heure. La lune n’est pas encore levée, il fait sombre si bien que si proche de l’ile elle est impossible à apercevoir dans la nuit. Notre yanmar démarre au quart de tour. On enclenche la manette des gaz. Aucun changement dans le régime moteur et la manette qui reste sans résistance … Merde … Hugo descend dans la cale moteur pendant que Sébastien choque les voile (lâche leur réglages) afin de réduire la gite.

La manette est au fond de la cale moteur et il faut jouer au contorsionniste pour pouvoir jeter un œil. Ça va être compliqué, On met le bateau à la cape, Sébastien descend à son tour et on essaie de comprendre ce qui ne marche pas. Le câble d’accélération est toujours bien accroché à la manette des gaz mais lorsque on veut accélérer, le câble sors de sa gaine et la tige métallique se tord alors qu’elle devrait rester droite. On est au large de l’ile a quelques miles, de jour on pourrait la voir. On étudie les possibilités, on a le choix entre une approche du mouillage à la voile, mais la crique est petite et il y a des récifs coralliens tout autour. L’avantage serait de nous donner une nuit de sommeil parce que l’équipage ne s’est pas préparé à faire une nuit de quart, surtout avec deux plongées le matin même et aucune sieste dans l’après-midi. Par contre si on n’arrive pas à réparer, ça veut dire qu’il va falloir quitter le mouillage à la voile.

L’autre alternative est de continuer jusqu’à la ville de George Town sur l’ile de Great Inagua qui est à 45 miles (pour les non maris : nous misons sur une vitesse moyenne de 5 nœuds, ce qui veut dire que en une heure, nous parcourons 5 miles nautiques – Pour 45 miles il faut donc compter 9 heures si nous tenons notre vitesse ce qui arrive rarement). Il est un peu plus de 22 h (la nuit tombe tôt ici, à 19h) donc le mouillage se fera au petit matin d’autant plus que l’approche est beaucoup plus simple que sur notre ile déserte. Le cœur lourd on prend la décision de mettre le cap sur sud / sud est direction Matthew Town. L’énervement nous empêche de nous coucher de suite. Sébastien prendra le premier quart à minuit. Hugo celui de 4heures.

Le vent forci un peu jusqu’à 15 et 20 nœuds et arrive plein travers. Il y a peu de houle et dans notre malheur on a la chance d’avoir une météo très favorable. On file a plus de 7 nœuds (ce qui peut ne pas paraitre exceptionnel pour ceux qui ont des bateaux légers mais pour notre tank de 12 tonnes, c’est vraiment top ! la gite est confortable et Damacha dompte les flots. Mais comme on va vite, on va arriver de nuit. Hugo prend son quart au moment d’arriver à la vue des cotes de l’ile. Le vent baisse en intensité, nous arriverons à l’aube. On prend un repos bien mérité le matin avant de se recontorsionner dans la cale moteur pour essayer de réparer la fixation câble / manette. Malheureusement le premier rend définitivement l’âme en se rompant. Matthew Town, bien qu’étant la capitale de Great Inagua est tout petit et ne contient aucun magasin de pièces de rechange. Il va falloir aller à Providentiales (Provo) aux îles Turks and Caicos pour remplacer le câble. Ça veut dire une traversée de plus de 130 miles sans moteur. Heureusement pour y aller on doit aller au nord est alors que les Bahamas sont parcourus par des vents d’est voire sud est la plupart du temps. On prend une journée quand même le lendemain à ne rien faire. On installe le PC sur la table du carré et on enchaine les films toute la journée. Ça fait du bien. Hugo fait quand même une réparation de fortune pour pouvoir régler le régime moteur à la main avec un câble mais il n’a que 3 positions, et il faut à chaque fois descendre dans la cale pour tout régler. Pas pratique mais c’est déjà ça. Au moins on peut utiliser le moteur en cas de besoin. On s’assure de trouver un fournisseur pour le câble aux îles Turks avant de décider de partir.

Ça fait 3 jours que nous sommes a Great Inagua. Décision est prise de partir le lendemain, en fin d’après-midi pour éviter des coups de vents de plus de 30 nœuds qui devraient sévir au milieu du trajet dans la nuit. On monte quand même la trinquette et on met un riz à la grand-voile et un ris à l’artimon. Demain on part mais il nous reste une dernière formalité à accomplir avant de partir, le check out à la douane et l’immigration.

Matin du départ on prend les papiers du bateau et nos passeports et là surprise. Quand on pensait avoir droit à trois mois sans visa aux Bahamas, l’agent de l’immigration à l’entrée ne nous a autorisé à ne rester que … un mois. Nous aurions dû quitter le pays le 14 septembre, nous sommes le 24 …

On se pose la question, sur ce qu’on fait : On part sans rien dire au risque de se faire refouler au iles turks and caicos parce qu’on n’a pas fait le check out ? On va à l’immigration et on leur explique en espérant de ne pas avoir trop de problèmes.

On décide d’aller à l’immigration. Arrivés sur place on quatre agents assis en train de discuter et qu’on a l’air de déranger. Pas un seul ne se lève. « Qu’est-ce que vous voulez ? ». On leur dit que on veut partir des Bahamas et qu’on veut faire le check out pour les iles Turks and Caicos. Comme le dirait notre cher Jacques, ça leur en touche une sans faire bouger l’autre. Clairement aujourd’hui à l’immigration de Matthew Town c’est journée chill. Sans se lever ils nous font comprendre que c’est bon, on peut y aller, pas besoin de papiers. Cette fois ci on ne demande pas s’ils sont sûrs, on tourne les talons et on sort direct. Ouf une administration sur deux de faite. On reste perplexe de ne pas avoir de papier de sortie, et on décide de confirmer avec les douaniers. Le douanier qui nous reçoit prend un peu plus son travail à cœur et décide de nous faire un papier validant la sortie des Bahamas, mais ne contrôle pas nos passeports. On a nos papiers, on peut partir. Il ne posera jamais de question, à part l’endroit où on se rend, fait une erreur sur nos noms sur le papier officiel. Peu importe, pas de vérification des dates sur le passeport, pas de questions, ils sont chill aux Bahamas, et nous on part l’esprit tranquille.

Next step: Turk & Caicos !

Mais nous vous raconterons la suite dans une prochaine mise à jour !